top of page

Entretien avec Lise Thomas Balas pour la sortie de « Lumière de mansarde »

David Zorzi : Bonjour Lise, vous publiez votre premier recueil aux éditions du Petit Pois intitulé « Lumière de mansarde ». Peut-être pourriez-vous commencer par nous le présenter ?


Lise Thomas Balas : Bonjour David, merci de m'inviter à présenter ce recueil. L'ensemble des poèmes mettent en mouvement des mots accumulés le long d'une trajectoire d'une trentaine d'années. Comme des particules déposées au fil de chansons, de textes en prose, de nouvelles, différents fragments de mon quotidien ont fait œuvre de sédimentation.

Le fil rouge de ce recueil est la permanence de paysages traversés. Lors de la réalisation de l'ouvrage, le travail de cette matière révèle la réminiscence des sensations. Rapidement une distillation s'opère, ne gardant que l'essentiel. Je sculpte, évide pour arriver à un texte le plus simple possible. Ma réalité complexe se fait légère et met en lumière les émotions enfouies. Je parcours avec les mots le souvenir d'un contact, d'une odeur et trouve un nouveau souffle.

Ma campagne intérieure se dessine, chant et silence entre ombre et lumière.

 

Un autre fil rouge de ce recueil nous semblait être la relation à l'autre, une relation de filiation ? Cet autre qui apparaît sous les pronoms personnels, du premier poème de l'enfance jusqu'au dernier finissant par le mot « Mère » ?

 

David, cette question me touche. Vous avez lu ce recueil avec un œil affûté et avez repéré cette question centrale qui traverse mes textes, la relation à l’autre intrinsèquement liée à la relation à soi, à la relation que les personnalités de mon entourage nouent entre elles. J’ai l’impression que « Lumière de mansarde » vous est plus limpide qu’à moi !

À propos de la thématique de la relation, je reprendrai, pour commencer, les paroles de Vinciane Despret extraites de son ouvrage « Au bonheur des morts », « j’ai déambulé dans les liens et les mises en rapport au hasard de ce qu’ils m’offraient ». Ma relation à l’autre est vive depuis l’origine de ma vie, faite de fissures, de lézardes. À travers ces failles peut surgir une certaine clarté, pour tisser des liens différents avec soi, avec l’autre.

La filiation, bien sûr. J’écoute beaucoup. J’ai une attention singulière aux histoires qui me permettent de comprendre mon environnement. Les récits de famille, en particulier, m’intéressent. Je recueille des souvenirs auprès de différentes personnes. Alors, les images captées dans mon quotidien croisent des fragments de vie de mes ancêtres, notamment ceux des femmes des générations précédentes. Leurs parcours s’impriment en moi. Ma mère est l’une des passeuses de cette mémoire familiale.

 

Vous écrivez « Dans la mansarde/tu découvres la consolation de la solitude/le plaisir d'être seule ». Faites-vous ainsi le parallèle avec l’écriture ? Tantôt introspection, tantôt message adressé à l'autre ?

 

Oui, tout à fait. L’évocation du processus de création est particulièrement présente dans deux poèmes « Consolation de la solitude » et « Terre reconnue ». Émerge cette idée d’une mansarde-atelier, un espace-tanière à transformer une matière, un intérieur intime creuset de l’écriture. Mais vous avez raison l’écriture est l’occasion d’interpeller l’autre. La solitude n’est qu’un moment. Si l’écriture est un outil de connaissance de soi, elle est aussi le moyen d’aller à la rencontre de l’autre, le comprendre, l’inviter à découvrir mon langage afin de se reconnaître dans une communauté sensible.

Le poème devient un espace de participation active à la vie, celle d’un quotidien singulier à partager. L’écriture devient un moyen d’être soit pour mieux être en relation avec l’autre.

 

Quels sont les poètes d'hier et d'aujourd'hui qui ont pu vous guider dans cette écriture ? D'autres arts y contribuent-ils ?

 

C’est une question toujours difficile pour moi. Je suis une butineuse de poèmes. Je lis de-ci de-là, au hasard des textes offerts, des auteurs rencontrés, sans trop de cohérence. Les livres sont à côté de mon lit, sur mon bureau. J’ouvre une page et je lis. Sans doute que les poètes d’hier et d’aujourd’hui me guident. Mais cette inspiration est une lente infusion.

Je peux faire une liste à la Prévert : « Fourmis sans ombre », anthologie-promenade par Maurice Coyaud, « Nous irons au Bois » de Raphaële Frier, « Quarante-sept poèmes » d’Emily Dickinson, « Nuit d’amour » de Dany Laferrière, « Quand je ne dis rien je pense encore » de Camille Readman Prud’homme, « Les Matinaux suivi de La parole en archipel » de René Char, « Cantique du lac » d’ Anna Milani, « Arbres » de Jacques Prévert, « Devenir nuit » de Marie Joqueviel, « Vous êtes de moins en moins réels » de Laura Vazquez, « A la lumière d’hiver suivi de Pensées sous les nuages » de Philippe Jaccottet, « Traverse » de Stéphane Page, « Bonjour suivi de Hotdog » de Natyot...

Je pourrais continuer encore avec une autre pile qui commence par « Pour que chantent les salamandres » d’Aurélia Lassaque mais je vais m’arrêter sur un recueil en particulier. « À voix Basse » de Charles Juliet. Cet auteur me touche particulièrement, ses poèmes m’ont sans doute guidée lors de l’écriture de « Lumière de mansarde ». Auparavant, j’ai été profondément émue par la lecture de « Lambeaux ». Je désire consacrer davantage de temps à la lecture de son œuvre.

Et puis la peinture, à laquelle j’ai été initiée adolescente par la lecture de « Lettres à son frère Théo » de Vincent Van Gogh et l’œuvre de Paul Cézanne.

Et puis la danse que je pratique depuis près de quinze ans.

 

Vous avez obtenu avec ce texte le prix Ecri'20.25 de l'Éducation nationale. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Comment l'avez-vous connu ? Pourquoi avez-vous décidé d'y participer ? Comment s'est faite la sélection des textes ?

 


Le prix Ecri’20.25 est organisé depuis plus de dix ans par une équipe exceptionnelle coordonnée par Frédéric Miquel Inspecteur d’académie - Inspecteur pédagogique régional de Lettres et chercheur à l’université Paul Valéry de Montpellier. En 2025, Jean Christophe Gary est chargé de mission du programme Ecri’20, accompagné par Marie Gola chargée de mission littérature au service culturel de l’académie de Montpellier.

L’objectif du prix est d’offrir un espace de création artistique aux acteurs de l’éducation nationale. Idée lumineuse quand on sait à quel point la réflexion autour de la création est fondamentale dans tout processus d’éducation et de transmission.

Quant à moi, je viens de soutenir mon mémoire de diplôme universitaire d’animatrice d’atelier d’écriture à l’université Paul Valéry. Une amie rencontrée lors de ce diplôme m’encourage à travailler certains de mes textes car elle trouve mon écriture poétique et me parle de ce concours. Je n’ai pas trop de temps mais je sélectionne des passages significatifs, de différents textes, écrits en « prose poétique » au sens large. Je travaille ces textes à la lumière de ce que j’ai pu apprendre de mes dernières rencontres littéraires et des contraintes du concours. Au moins vingt textes avec un nombre limité de caractères. Ces contraintes m’ont aidée à densifier mes textes, à choisir ceux qui retraçaient un cheminement dans mon parcours d’écriture.

 

Je vous remercie Lise de nous avoir accordé ce temps qui viendra compléter la lecture de votre recueil. Nous vous retrouvons le samedi 23 mai à la Comédie du Livre de Montpellier pour une rencontre suivie d'une lecture. Je vous laisse, pour finir, le dernier mot. Quelques vers peut-être ?

 

Merci à vous David d’avoir pris le temps de m’écouter. Je conclurai par les vers d’une autrice américaine, Sylvia Plath, traduite par Valérie Rouzeau.

 

Les mots

 

Haches

Qui cognent et font sonner le bois,

Retentir les échos !

Échos partis

Gagner les lointains comme des chevaux.

 

La sève

Comme les larmes coule comme

L’eau s’évertue

À rétablir son miroir

Au-dessus du rocher

 

Effondré, retourné,

Crâne blanc

Que mord la mauvaise herbe.

Après des années je

Les retrouve sur le chemin         

 

Secs, sans cavalier, les mots

Et leur galop infatigable

Quand

Depuis le fond de l’étang, les étoiles

Régissent une vie.

 
 
 

Commentaires


bottom of page